Un massacre silencieux
Chaque année, environ 55 000 entreprises disparaissent en France. Derrière ce chiffre, des vies brisées, des emplois perdus, des savoir-faire qui s'évaporent. Mais contrairement à ce que répètent les éditorialistes, ces faillites ne sont pas le fruit de la « mauvaise gestion » ou du « manque d'audace ». Elles sont le produit d'un système.
Un système que j'ai vécu de l'intérieur pendant quinze ans. Et que j'analyse dans Le Piège Français.
Dont 75 % concernent des entreprises de moins de 10 salariés. Source : Banque de France, Observatoire des entreprises, 2024
Cause n°1 — La pression fiscale et sociale
La France consacre 45,6 % de son PIB aux prélèvements obligatoires — le taux le plus élevé de l'OCDE après le Danemark. Mais le Danemark offre un marché du travail flexible et des services publics d'une efficacité redoutable. La France, elle, cumule la pression fiscale avec une rigidité administrative qui asphyxie les plus petites structures.
Un dirigeant de PME française consacre en moyenne quatre fois plus de temps aux obligations administratives que son homologue néerlandais. Ce n'est pas un problème de compétence — c'est un problème de système.
Cause n°2 — Le mur bureaucratique
400 000 normes. C'est le stock réglementaire français, selon le Conseil d'État. Pour un entrepreneur qui démarre, c'est un labyrinthe sans plan. J'ai consacré un chapitre entier du Piège Français à ce que j'appelle l'État-labyrinthe : cette pathologie bureaucratique qui transforme chaque démarche en parcours du combattant.
« L'entrepreneur français ne se bat pas contre ses concurrents. Il se bat contre son propre État. »
Cause n°3 — L'accès au financement
Les banques françaises prêtent aux entreprises qui n'en ont pas besoin et refusent celles qui en ont le plus besoin. Le taux de refus de crédit pour les TPE françaises reste deux fois plus élevé que la moyenne européenne. Les garanties exigées sont souvent disproportionnées, et le dirigeant engage fréquemment son patrimoine personnel.
J'analyse ce piège dans le chapitre sur le piège du financement. Quand les banques s'éloignent de l'économie réelle, ce sont les PME qui paient l'addition.
Cause n°4 — La concurrence asymétrique
Les grandes entreprises du CAC 40 bénéficient de 211 milliards d'euros d'aides publiques tout en pratiquant une optimisation fiscale agressive. Les PME, elles, paient plein pot. Le résultat : une concurrence faussée dès le départ, où les plus petits financent les avantages des plus gros.
Les 40 plus grandes entreprises captent une part disproportionnée de ces aides, alors qu'elles ne représentent que 0,01 % du tissu économique. Source : Rapport IGF, Revue des dépenses publiques en faveur des entreprises, 2023
Cause n°5 — L'inadéquation formation-emploi
488 000 emplois vacants coexistent avec un chômage de masse. Ce paradoxe n'est pas un accident — c'est le résultat d'un système éducatif qui forme pour le diplôme et non pour l'emploi. Les compétences dont les PME ont besoin ne sont tout simplement pas enseignées.
L'école de l'inadaptation, comme je la nomme dans le livre, produit des diplômés brillants sur le papier mais déconnectés des besoins du terrain.
Sortir du piège
Ces cinq causes ne sont pas des fatalités. Elles sont le produit de choix politiques — et d'autres choix sont possibles. Dans le dernier chapitre du Piège Français, je propose sept pistes concrètes pour libérer l'entrepreneuriat français de ses entraves.
Mais la première étape, c'est de nommer le problème. C'est ce que cet éclairage tente de faire.